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Témoignages

Témoignage de M. Serge Cloutier

24 août 2010

Il y a vingt ans, on m’aurait demandé de rédiger un témoignage…sur n’importe quoi et je l’aurais produit en un rien de temps, vécu ou imaginaire!


Aujourd’hui, 15 ans après la collision qui m’a fait frôler la mort, sur la route, près de Québec, je trouve l’exercice un peu pénible, moi, l’écrivain en herbe, le raconteur d’histoires. Et je déclare simplement : la réponse est dans la question! Je ne suis plus tout à fait celui que j’ai déjà été!


Je tourne mon aventure dans ma tête tant que je peux, je suis incapable de retracer le moindre détail vécu au cours d’un espace d’environ plusieurs semaines, dont trois dans le coma. J’ai été un mort en puissance, sans jamais le réaliser, mais j’ai ensuite réalisé peu à peu que je vivais littéralement une renaissance! Je suis reconnu comme un bon vivant, diront les moqueurs qui me connaissent! Et c’est redevenu vrai.


Moi, indépendant, j’ai accepté petit à petit qu’on me prenne en charge, qu’on me tienne la main pour simplement marcher, qu’on m’aide à retrouver mes esprits, et mon esprit, qu’on me « réadapte »! Dur à admettre, difficile à réaliser, plein de joies intenses et de déceptions passagères. J’étais réparable, j’ai été réchappé. Je l’ai échappé belle…


Je me souviens des traitements nombreux que je recevais chaque jour, dans des disciplines qui m’étaient aussi variées qu’inconnues, entouré par des spécialistes de leur domaine respectif, les uns pour les mouvements, d’autres pour le cerveau!

Je n’en revenais pas de voir l’épaisseur de mon dossier médical, avec le grand nombre d’examens, d’interventions…Car, l’un ne va pas sans l’autre, on te sort petit à petit du coma, on répare, on opère, puis il faut te réadapter et te faire retrouver tes activités de la vie quotidienne.


Mais tout ça, tu l’apprends après coup, quand tu as repris suffisamment tes esprits pour lire, réfléchir, converser…


Oui, j’ai le sentiment d’avoir été sauvé, ressuscité, reconstruit, réadapté à une vie convenable, quoique différente. On m’a dit que 25 ans auparavant, je serais probablement resté très différent, pour le pire des scénarios.


J’ai profité des progrès des sciences neurologiques et de ceux et celles qui ont contribué à rendre ces progrès possibles. Et j’en suis conscient! J’ai pu compter sur des proches parents et des amis irremplaçables!


Je crois vraiment que la recherche dans le domaine relié au cerveau, à la suite à d’un coup brutal, doit devenir une préoccupation plus que jamais. Pour que d’autres Serge Cloutier s’en tirent encore mieux que moi!


Témoignage…Chapitre deux sur deux!


J’ai relaté en gros comment j’avais vécu l’accident grave subi en 1995 et les suites qui en ont découlé. Mais j’avais en tête un chapitre de ma petite histoire qui pourrait porter exclusivement sur ma famille immédiate. Et ça irait comme suit :


Je dois d’abord préciser que ma conjointe Carmen bien-aimée était à mes côtés dans la petite auto qui nous transportait à Québec, lors retour vers Alma où nous demeurons avec nos trois jeunes filles. De plus, nous étions attendus à la maison pour le baptême de l’enfant de ma nièce. Ma propre mère était sur place pour souligner l’événement.


Le jour du baptême, on nous attend avec le vin d’honneur de circonstance et le rassemblement familial. Mais Carmen et moi, aux soins intensifs de l’Hôpital Enfant Jésus de Québec, sommes dans le coma!!! C’est après les précautions d’usage et des tentatives nombreuses et variées que l’hôpital informe ma sœur, qui en informe ma fille, qui en informe ma mère, que nous sommes blessés sévèrement. L’angoisse intensive se mêle au bonheur du baptême. C’est un bouleversement majeur dans la vie de ceux qui nous aiment et que nous aimons.


Ma fille aînée est en Ontario pour travailler comme étudiante et est rejointe pour revenir à la maison, ce qu’elle fait tant bien que mal, seule, en autobus, accompagnée des monstres de l’inquiétude et du désarroi!


Ma sœur, qui est ma voisine, prend littéralement nos trois filles en adoption temporaire. Elles ont respectivement 18, 16, et 14 ans et s’installent chez leur tante Lucie pour un bon bout de temps. Dès lors que la nouvelle se répand que nous « reposons » aux soins intensifs, les 10 frères et sœurs de ma conjointe, leur mère, les conjoints, tous ceux qui sont nos proches se remplacent à notre chevet, à tout de rôle, comme des héros devenus pour nous!


Je crois sincèrement que l’attachement qui nous est porté par les familles, par nos enfants et par nos mères, sont des facteurs de notre rétablissement relatif optimal, à Carmen et à moi.


En supportant la recherche « neuro-traumatique », nous misons sur les atouts les plus naturels, les plus efficaces, les plus proches que sont les parents…les amis(es)…Je crois en cette cause et veut y apporter mon humble contribution. Et vous?



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